regards comparés

DESCRIPTION DU PROJET ET DE SON INTÉRÊT SCIENTIFIQUE.

Un contexte d'images et un projet  de"projections-rencontres"

Depuis sa création en 1953 au musée de l’Homme, le Comité du film ethnographique a toujours proposé une ouverture sur les différentes sociétés du monde en oeuvrant pour la diffusion du documentaire anthropologique. Son fondateur, l’ethnologue cinéaste Jean Rouch, pionnier du documentaire, consacra une large part de ses activités au développement et au rayonnement de cette discipline scientifique et cinématographique. Ce sera pendant longtemps la seule association en France à organiser des manifestations régulières dans ce domaine.

Désormais omniprésente dans notre société l’image est devenue l’un des principaux accès à une information dont l’immédiateté et la rapide diffusion n’offrent pas toujours le temps nécessaire à la compréhension des différents modes de sa lecture.
Aujourd’hui le documentaire connaît un engouement particulier de la part des publics - diffusion de nombreux films en salle, chaînes de télévisions spécialisées, festivals - mais ce phénomène touche relativement peu le public scolaire. Face à ce constat, nous voulons utiliser le documentaire pour amorcer une démarche interactive de partage des savoirs. C’est pour cette raison que le Comité du film ethnographique crée à partir de l’année scolaire 2008 - 2009 les Saisons du documentaire. Des chercheurs et réalisateurs viendront parler d’une démarche scientifique et cinématographique qui les engage à explorer et expérimenter le dialogue entre les hommes et les sociétés

Cette nouvelle initiative débutera, à partir de l’automne 2008, par des séances à destination des publics scolaires (collèges et lycées)et se prolongera tout au long des trimestres suivants. Lors de ces « projections-rencontres » gratuites et en compagnie des réalisateurs des films projetés et des chercheurs, l’objectif sera de décrypter l’image documentaire, tout en permettant aux participants d’acquérir les premiers outils pour aborder la compréhension des enjeux et perspectives de nos sociétés actuelles et futures.

 

Cinéma documentaire et  cinéma anthropologique

Le cinéma documentaire a élaboré au cours de longues années un questionnement sur le réel largement ancré dans le contemporain. Il s’est en particulier attaché à en montrer les expériences diverses sinon contradictoires, assumant bien souvent la subjectivité d’un regard et s’interrogeant sur les modalités possibles de discours différents.
De son côté, le cinéma anthropologique a peu à peu quitté ses pratiques strictement descriptives et sa prédilection quasi exclusive pour les sociétés non industrialisées. Il s’est orienté vers le contemporain, ouvrant à un questionnement plus complexe et plus large concernant toutes les sociétés dans leurs différences comme dans leurs proximités.

Le film documentaire et le film anthropologique ont donc poursuivi des chemins qui les ont fait peu à peu se croiser sinon se rejoindre dans une exploration commune des nouveaux langages de l’image et du son. Sans doute est-il plus difficile aujourd’hui de délimiter les frontières de ce qui serait une discipline strictement anthropologique. Nous en retrouvons en fait une interprétation et des pratiques qui feraient plutôt d'elle une « discipline-carrefour » : c'était  d’ailleurs la conception qu’en avaient ses fondateurs.
Ces orientations actuelles reconnaissent les langages audiovisuels comme instruments spécifiques de connaissance et elles sont issues pour une bonne part des expériences menées depuis les années cinquante et notamment par Jean Rouch.

 Décrypter les langages de l'image-son

L’anthropologie audiovisuelle aujourd’hui vise à rendre compte de la diversité, de la dynamique et de la richesse des cultures du monde. Elle tente d’élaborer des instruments de savoir qui facilitent  la communication entre les hommes appartenant à ces cultures. Plongés dans une civilisation de l’image cela ne signifie pas nécessairement que nous en connaissons bien les langages. Comme tout discours celui de l’image documentaire est chargé d’intentions qu’il convient de décrypter. Les manières de voir et de regarder ainsi que les modalités pour en rendre compte constituent un langage spécifique qu’il s’agit d’éclairer, de clarifier afin de le maîtriser. Les « projections-rencontres » visent tout autant à démonter les stéréotypes, à surmonter les à priori et à proposer des démarches appropriées de reconnaissance et de dialogue. Il s’agit, en compagnie des réalisateurs et des chercheurs, non seulement d’une initiation à la diversité des cultures mais aussi sinon surtout d’une initiation aux procédures de la rencontre et du dialogue entre les sociétés.


Publics concernés

Les « projections-rencontres » organisées dans cette perspective sont destinées essentiellement à un public scolaire (collèges et lycées) et se dérouleront pendnat l’année scolaire 2008 - 2009. Pour que celles-ci puissent s’adresser au plus grand nombre elles seront gratuites. Il s’agit là pour nous du développement d’une expérience relativement récente en direction des publics jeunes dont nous attendons avec le plus grand intérêt les commentaires et les réactions. En effet ce que nous appelons habituellement dialogues entre les cultures peut et doit s’étendre à un dialogue entre générations dont les expériences, les savoirs et les attentes ne sont pas nécessairement les mêmes.
Un dossier pédagogique sera adressé aux enseignants, accompagné de fiches descriptives pour chacun des films  programmés. Sur le site Internet du Comité du film ethnographique une rubrique sera tout spécialement dédiée aux Saisons du documentaire.

 

« projections-rencontres »

Les « projections-rencontres » s’organisent autour de neuf thèmes qui seront débattus avec les réalisateurs de chacun des films présentés ou un chercheur spécialiste du thème abordé.
Échanges de cultures.
Désirs et besoins : vous n’avez qu’à acheter.
Vous avez dit voyages ?
Comment vivre avec le nucléaire ?
Errances, le temps et l’espace.
Transmettre un savoir faire.
Justice et traditions.
Coopération : enjeux et tensions.
Tourisme, peut-on voyager partout ?

Les thèmes rendent compte de lieux et de situations différentes, mais tous vécus récemment. En quoi ces expériences contemporaines nous concernent-elles, que nous font-elles comprendre et percevoir de notre propre situation ?

Échanges de cultures. 
La Quête du son (Mongolie, 2005) – Laétitia Merli (anthropologue, cinéaste) – 54’
Film diffusé dans le cadre des Regards comparés : Mongols en 2005
Une jeune musicienne française va chercher les sources d’une inspiration spirituelle auprès d’une shamane mongole. Quête initiatique, dialogue, rencontres entre les personnages du film et la réalisatrice. Questionnements réciproques.
Argument : Face à nos questions, face à nos attentes, face à nos manques que pouvons-nous attendre des autres.

Désirs et besoins : vous n’avez qu’à acheter.
Attention ! les clients sont derrière la porte (France, 1993) – Annie Mercier (anthropologue, cinéaste) – 52’
Film diffusé dans le cadre du colloque international : du cinéma à l’anthropologie visuelle en 2006
Le magasin Tati en représentation. Côté jardin : le spectacle qui se joue, chaque jour, à l’intérieur du magasin dont les employés sont les acteurs permanents : les clients, des acteurs intermittents. Côté cour : machinerie et les coulisses (vestiaires, cantine). Tati : lieu de métissage culturel. Au-delà de l’activité économique, des imaginaires sont en jeu.
Argument : L’univers du commerce favorise-t-il la rencontre et les conditions d’un partage ?

Vous avez dit voyages ? 
Gens de Potosi (Bolivie, 2004) – Aminatou Échard (réalisatrice) – 43’
Ce film est une forme de portrait de la ville de Potosi, filmée comme un corps, avec ses gens : un portrait traversé par la fête du Saint Patron et par l’histoire passée et présente. Pour peut-être sentir le battement de cette ville…
Argument : Que va-t-on chercher, à qui s’adresse-t-on, que se passe-t-il donc ailleurs ?

Comment vivre avec le nucléaire ?
Tchernobyl - La vie contaminée (Biélorussie, 2000) – David Desramé (cinéaste et producteur) – 52’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 2001
Vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, l’enquête montre ses conséquences pour les populations des zones contaminées. Êtres humains, faune et flore, eaux et sols… Tout et tous sont touchés par cet empoisonnement insidieux dont de nouveaux effets sont régulièrement découverts.
Argument : Ça s’est décidé ailleurs, ça c’est passé ailleurs ... ça se vit quand même ici. Comment et en quoi sommes nous concernés ?

Errances, le temps et l’espace. 
Mout Tania - Mourir deux fois (Maroc, 1999) – Ivan Boccara (cinéaste) – 56’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 2000
Hammadi a été berger, forgeron, horloger, meunier, paysan… Aujourd’hui, il est apiculteur mais tout lui est prétexte à apprendre car sa curiosité est insatiable. Hammadi sait tirer parti de tout – même de l’électricité d’un petit torrent.
Argument : Richesse ou dénuement, quels sont les critères d’appréciation ? Autonomie ou dépendance, quelles en sont les conditions ?

Transmettre un savoir faire.
"Dis-moi, mon charbonnier..." (France, 1998) – Sophie Audier (cinéaste) – 58’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 1999
Doumé est un homme des bois. Il y est né, il y vit, il en connait tous les secrets. En cet automne 1996, il construit une dernière charbonnière et transmet ainsi son savoir-faire aux ouvriers forestiers afin qu’ils perpétuent à leur tour cette tradition artisanale. Le conseil de Doumé est simple : "Plus tu vas doucement, plus tu avances".
Argument : Des connaissances, des traditions, des savoirs sont sur le point de disparaître, doit-on les transmettre et est-ce une nécessité ?

Justice et traditions.
Justice à Agadez (Niger, 2004) – Christian Lelong (cinéaste) – 78’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 2006
À Agadez, au Niger, il existe à côté des policiers et des tribunaux un deuxième système judiciaire, héritage d’une tradition musulmane marquée par le cosmopolitisme de la capitale touarègue. Le Cadi est un juge de paix traditionnel dont la référence est le Coran. La charia du Cadi d’Agadez est faite de pondération, de bon sens, de psychologie et de connaissance des réalités…
Argument : Les états sont dotés d’une justice pour tous les citoyens, mais peut-elle répondre à toutes les situations sociales et culturelles ?

Coopération : enjeux et tensions.
Nioro-du-Sahel, une ville sous tension (Mali, 1998) – Christian Lallier (anthropologue, cinéaste) – 86’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 1999
Nioro-du-Sahel est une petite ville qui ne représente pas une priorité économique et n’a donc jamais été électrifiée par l’État malien. Depuis quelques années, une équipe de Français (soutenus par le comité de jumelage, le ministère de la Coopération et l’EDF) s’est lancée dans l’électrification de la ville. Il ne s’agit pas simplement de mettre en place des poteaux et de tirer des câbles. Il faut aussi tenir compte de l’enjeu social et politique, des tensions, des doutes et des incompréhensions face au projet.
Argument : Coopération, aide au développement agissent à travers le Monde, certaines de leurs actions ne sont-elles pas des facteurs de conflits et de bouleversements dans la société ? 

Tourisme, peut-on voyager partout ?
Voir et ne pas voir... Derrière la carte postale : la Birmanie  (Myanmar/Birmanie, 2003) – Vincent Leduc (cinéaste) – 52’
Film diffusé dans le cadre du Bilan du film ethnographique en 2004
Le Myanmar (Birmanie), ses temples, ses bouddhas, ses paysages merveilleux, ses traditions millénaires, sa dictature militaire, ses minorités ethniques massacrées… Par une étrange aberration, le pays de la violation des Droits de l’Homme est con-sidéré par les ressortissants français comme la destination touristique « de rêve ». Mais qu’y voient-ils et que n’y voient-ils pas ? Telles sont les questions auxquelles répond Vincent Leduc, mêlant film tourné en caméra cachée au sein d’un groupe en voyage organisé à des images d’archives et des extraits de reportages clandestins révélant les réalités occultées du pays.
Argument : Aujourd’hui il est possible de faire du tourisme dans le Monde entier, certains pays sont des dictatures, peut-on s’y rendre pour son simple plaisir ? La réponse n’est pas si simple que cela.

 

Durée de l’intervention
De 2h00 à 3h00

Accès
Gratuit

Lieu
Dans les établissements
(collèges et lycées)

Matériel de projection
Lecteur DVD et écran de télévision

© Comité du film Ethnographique 2002-2008